Notes Sébastien Desbenoit

Anesthésier les consciences : le web au service de la guerre politique

Avec la campagne présidentielle, les médias sociaux deviennent un territoire de guerre où les militants des différents candidats s’affrontent avec des armes bien réelles comme l’Astroturfing et la doctrine Gerasimov.

Nous sommes tentés de regretter une campagne des lumières où les différents candidats s’affrontaient projet contre projet, programme contre programme mais, soyons honnêtes, nous avons une réelle tendance à idéaliser le passé et à le conceptualiser. En France, la présidentielle est l’histoire d’une femme ou d’un homme à élire.
Les médias sociaux, terrain de guerre

En 2017, les campagnes des marchés perdent de leur visibilité au profit des batailles sur les médias sociaux. Le Web et les sources d’informations qu’ils représentent sont un terrain de guerre où les munitions sont multiples allant des catapultes de réactions sur Facebook aux armes de destructions massives. Ces dernières sont théorisées sous deux concepts principaux et complémentaires : l’Astroturfing et la doctrine Gerasimov.

Astroturfing

L’astroturfing utilise les techniques de communication par popularité en préparant des mouvements citoyens artificiels pour servir de base à une campagne de (ré)information. En multipliant les soutiens et les réactions, l’engouement est créé, détecté par les algorithmes de nos médias sociaux et le message peut se diffuser au travers d’une page Facebook, d’un hashtag, d’une vidéo ou d’une image.

Le principe est simple : préparer un contenu, coordonner les militants et les bots impliqués dans la campagne et lancer le partage. Plus le contenu surfe sur l’actualité, plus il sera diffusé. Les contenus sont la plupart du temps simples et ciblés.

Sur une élection présidentielle, une seule bataille utilisant la technique de l’astroturfingn’a que peu d’impact. En revanche, multipliées, elles peuvent réellement influencer les citoyens en créant des réactions reflexes : si toutes les informations ne sont pas retenues consciemment, certaines restent stockées de façon discrète et donnent une connotation aux différents candidats au fur et à mesure de la campagne.

Ajout : un exemple avec l’Emission politique du 24 mars

Doctrine Gerasimov

Théorisée sous le nom du général Russe Valery Gerasimov, la deuxième arme majeure est celle qui vise à rendre plus crédible une propagande sur le long-terme en décridibilisant les autres sources d’information. Le jeu ne se fait pas sur une semaine ou un mois mais sur le long-terme.

Le refrain sur les « Fake News » s’inscrit dans nos cerveaux comme une de ces mélodies entêtantes dont il est impossible de se libérer et de se délivrer. À force de l’entendre, l’hypothèse devient plus crédible et les contenus de propagande deviennent compréhensibles sinon crédibles.

Objectif : Anesthésier les consciences

Il est indispensable de remettre en cause nos sources : nulle n’est fiable à 100%. En revanche, le flux continu et la remise en cause permanente de la moindre information génère une réelle occupation de notre cerveau. Ce système d’occupation cérébral est le même que celui présent de façon synthétique dans les anesthésiants utilisés pour les opérations chirurgicales.

Dès lors, nous sommes bien plus sensibles à nos réactions primaires et les élections présidentielles peuvent se jouer sur les personnes. Qui sera le candidat le plus inconsciemment rassurant ? le moins effrayant ? Qui saura le mieux bercer une nation devenue anesthésiée par la multitude de petites phrases et de coups lachés par les différents camps pendant ces derniers mois de campagne ?

Pour aller plus loin :

Cet article a été initialement publié dans les chroniques du magazine Intermedia.

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